KARATE CLUB CEVENOL

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Histoire du karaté

L'origine des techniques: L'OKINAWA TE

 

L'origine du développement à OKINAWA des techniques de combat à main nue serait lié pour certains  à la période d'occupation et d'oppression de la population.

 

En effet , l'ilôt était divisée en 3 royaumes, NAZEN au sud, HOKUZAN au nord CHUZAN au centre  qui furent uni par les armes en 1429 , par le roi de CHUZAN, ancien mineur accédant au trône après une rebellion.

 

A cette date aurait été promulguée une loi interdisant l'usage des armes blanches aux habitants de l'île, exception faite des membres de la cours.

 

D'autres versions avancent qu'il s'agit là d'une erreur de traduction et que les armes étaient une source de fierté pour le monarque en place.

 

Les habitants d'OKINAWA pratiquaient déjà à cette époque une forme de lutte.

 

Par la suite en 1609, le clan des SATSUMA, ancien adversaire du shogun arrivé alors au pouvoir, se vit concéder la possibilité d'envahir et d'annexer OKINAWA. Ce faisant, le shogun transformait un adversaire en vassal , car OKINAWA avait une position stratégique militaire et commerciale par sa proximité avec la chine.

 

Les SATSUMA étendirent l'interdiction à toute les classes de la société, famille royale comprise.

 

L'interdiction se traduisit même par la confiscation des outils en fers et le démantellement des forges.

 

Les pratiquants d'arts martiaux usant d'armes d'importation telles que le SAI les présentaient alors à l'occupant japonais comme un outil agraire, l'importation des armes avait aussi été interdite.

 

OKINAWA  ne fût définitivement une province japonaise  à partir de 1879 .

 

Ainsi on rencontre 4 théories de l'origine de ces techniques de combat :

 

•    la première fait la part belle à l'origine paysane de ces techniques,

•    la seconde met en avant l'influence de la communauté chinoise dite «  des trente six familles » implantée au 14ème à OKINAWA,

•    la troisième fait référence à un enseignement voulu par un roi d'OKINAWA , adressé à des propriétaires terriens afin de défendre leurs terres,

•    la dernière de ces théories lie le développement uniquement à l'interdiction de porter des armes édictée par le clan SATSUMA en 1609 et au développement de techniques pour renverser l'oppresseur.

MATSUMARA SOKON

Cependant , il ne faut pas croire que les techniques d'Okinawa furent utilisées contre ses envahisseurs, militaires entraînés et bien armés. Ces techniques servaient surtout contre des brigands , des pirates. Aucun habitant ne se serait risqué à affronter un samouraï armé de son sabre avec ses outils agraires.

 

De plus les marins qui faisaient la liaison, Chine - Okinawa profitaient de leur escales pour accroître leurs connaissances en arts martiaux.

 

L'influence de la chine sur cet art du combat découle entre autre de l'implantation en 1372 d'une communauté commerciale , diplomatique chinoise, qui amènera des enseignants d'art martiaux, des militaires lorsque les pirates WAKO menaceront ces échanges

 

L'implantation de cette communauté chinoise  ,connue sous le nom des 36 familles,  est présentée comme la contre partie de l'autorisation  données par les MING à la poursuite des échanges entre OKINAWA et la province chinoise du FUJIAN, province connue pour les style de kung fu de "la grue blanche" et de la "boxe des 18moines".

 

D'autres la lient à un choix politique du roi de CHUZAN, de devenir un protectorat chinois, au moment où la chine déployait une politique coloniale. Il fût suivi dans cette orientation assez rapidement par les monarques des deux autres royaumes d'okinawa.  Les émissaires chinois qui débarquèrent en 1372 n'eurent donc aucune difficulté dans leur démarche. Ce ne serait qu'en 1398 que l'arrivée des 36 familles aurait eut lieu selon cette version

 

De cette implantation découle donc l'influence de ces deux styles de kung fu sur ce qui allait devenir le karaté . Ce sont ces deux styles de combats qui semblent être l'objet du BUBISHI, compilation de donnée philosophiques, technique et médicales, liées au combat à main nue, et qui a influencé plusieurs pères du karaté.

 

L'apport de ces styles fût tels qu'un de leur représentant a participé à la création de la KARATE KENKYUKAI, instance de conservation et de promotion du karaté traditionnel fondée en 1918 et dissoute en 1930 lorsque chaque membre se centra sur sa pratique spécifique et ses élèves.

 

L'implantation de locaux commerciaux et diplomatiques d'OKINAWA  à la capitale du FUJIAN en 1439 ne fit qu'accroître ce phénomène.

 

Une des coutume diplomatique chinoise explique aussi cette influence. Des envoyées de l'empereur ( les "sapposhis" selon leur dénomination japonaise) se rendaient régulièrement à OKINAWA, lors de l'arrivée au pouvoir d'un nouveau roi par exemple. Ils étaient accompagnés d'à peu près 500 personnes dont des experts des questions de sécurité qui ont introduit ainsi leur art . A ce phénomène s'ajoute celui des échanges " d'étudiants" entre la CHINE et Okinawa.

 

En effet à NANKIN, capitale chinoise de l'époque, était en place la KUOTZUCHIEN, une école destinée à recevoir les étudiant étrangers, dans le cadre de la politique d'expansion  de la culture chinoise. Cette école était donc destinée aux jeunes gens choisis par les royaume sous " protection" chinoise .

 

Ce travail de développement du combat à main nue okinawaien se fit donc  en partie seulement  et tardivement clandestinement;  mais en divers lieux, d'où l'émergence de styles différents appelés, TOMARI TE, NAHA TE, SHURI TE , en fonction de leur localité de développement.

 

"Dans ma jeunesse, durant les premières années de l'ère MEIJI, le karate était interdit par le gouvernement"  gishin funakoshi , karaté do ma voie ma vie

 

Ces trois styles n'étaient pas hermétiques entre eux, contrairement à ce qui peut être cru ni forcément très différents. La distinction aurait surtout été lié à leur lieu d'enseignement.

 

LE SHURI TE revêt une importance particulière.

 

En effet, un fonctionnaire du régime SATSUMA, MATSUMARA SOKON, enseignat à la fin de sa carrière un synthèse des techniques natives d'OKINAWA, du clan SATSUMA et des techniques de la province chinoise du FUJIAN. C'est de cet enseignement que naquit le SHURI TE, et parmi les élèves de SOKON il y eut AZATO ANKO , ITOZU ANKO, GISHIN FUNAKOSHI.

 

Ce dernier qui apprit aussi auprès de AZATO ANKO et  ITOZU ANKO aurait enseigné à l'ensemble de ses élèves  la méthode du second et uniquement à son fils celle du premier

Les tentatives de reconnaissance de cet art 

Au début du 20ème siècle, l'aspect éducatif de l'entraînement à l'OKINAWA TE fut reconnu et son enseignement au programme des écoles okinawaiennes.

 

La reconnaissance des arts martiaux  passe à ce moment là par les instances officielles japonaise, entre autre le BUTOKUKAI, s'inscrivant dans un schéma politique précis .

 

Dans la période  précédant la 2nde guerre mondiale les ancien BUDO, furent en effet réactualisés dans l'optique de forger les corps et l'esprits des soldats de la machine de guerre impériale japonaise. , d'où la dissolution du BUTOKUKAI en 1945 , après la défaite japonaise

 

ARIMOTO YAMAGATA, militaire et homme politique, s'était rendu en Europe afin d'imiter les grandes organisations militaires et élabora une doctrine selon laquelle une grande armée ne pouvait découler que d'un programme d'éducation militaire à grande échelle.  Afin de préparer les enfants et les jeunes à la nouvelle conscription, des exercices martiaux furent mis aux programmes scolaires .

 

Les arts martiaux furent donc instrumentalisés au service d'un projet nationaliste et militaire, supporté par divers lobbies. Le karaté fût donc promu dans ce sens à cette période

 

ITOZU ANKO participa à cette campagne afin que le KARATE fût au programme scolaire comme exercice physique . Il introduisit ainsi les premières simplifications de pratique, en n'enseignant pas les applications des techniques dans une optique de self défense, ni les applications ( bunkai) des katas pourtant travaillés.

ITOZU ANKO

Certains lui attribuent la paternité de katas encore pratiqués de nos jour ou dont l'influence se retrouve dans différents styles comme les 5 PINAN( katas de base post 1er DAN actuellement), qui auraient été crées dans cette campagne de vulgarisation, PASSAI CHO, KUSHANKU-SHO,JI ON, JI IN, JITTE

 

La reconnaissance du KARATE fût facilitée par les constats de médecins militaires qui constatait le physique supérieur des adeptes du karaté. En 1901-1902, une démonstration fût donc faite par ITOSU et ses élèves, dont FUNAKOSHI, devant le délégué aux affaires scolaires d'OKINAWA. A parti de là ils furent inviter à dispenser des cours en milieu scolaire.

L'equipe de la demonstration

On retrouvera à partir de là deux formes de karaté, le traditionnel aux origines chinoise, et le karaté scolaire, se rapprochant sans cesse du modèle nippon, et dépouillé des techniques non pédagogiques et/ou dangereuses. 

 

Cette adaptation  de contenu pédagogique se traduisit aussi par une restructuration des méthodes d'enseignement.

 

En effet, les jeunes d'OKINAWA découvrirent la méthode japonaise d'enseignement avec le JUDO et le KENDO qui étaient au programme scolaire. Par ailleurs les exercices militaires façonnèrent le déroulement des cours sous la forme d'une démonstration faite par l'instructeur , reproduite lors de séries par les élèves. Si des militaires japonais mirent en place cette pédagogie, on peut aussi y retrouver les conséquences  de la venue au japon d'instructeurs  militaires occidentaux dés le début de l'ère MEIJI.

 

En 1906, année de la mort d'AZATO, FUNAKOSHI organisa la première démonstration publique de karaté sur OKINAWA. D'autres maîtres lui emboitêrent le pas en 19414-1915

FUNAKOSHI s'entrainant sur un makiwara

En 1912, la première flotte de la marine impériale mouilla quelque temps à OKINAWA et une douzaine de membres de son  équipage reçurent pour ordre d'observer et de s'initier au karaté.

 

En 1917, une première démonstration au  BUTOKUDEN de tokyo ne laissa aucune impression notable.

 

L'explication se trouve peut être à la fois dans les rivalités entre "maîtres" de karaté et aussi dans un manque ligne directrice commune sur la façon d'enseigner, une absence de ritualisation.

 

Mais une escale de la famille royale japonaise, avec le futur HIRO HITO, se traduisit en 1921 par une nouvelle démonstration qui l'impressionna  au point que 2 ans plus tard une première reconnaissance japonaise du karaté eut lieu.

 

Le KARA TE   fit l'objet d'une présentation officielle  au japon. lors d'une démonstration d'anciens arts martiaux, organisée dans une école de jeunes filles, GISHIN FUNAKOCHI avait en effet été mandaté par l'administration d'OKINAWA pour présenter l'art qu'il étudiait .

 

C'est lors de cette démonstration que JIGORO KANO, créateur du JUDO, demanda à FUNAKOSHI de faire une démonstration au KODOKAN, son dojo.

 

KANO qui jouissait d'un prestige important au japon mais aussi international par son implication dans les jeux Olympiques fit ainsi sortir le KARATE de l'ombre . Le système de passage de grades du JUDO fût aussi transposé au KARATE.

 

La démonstration eut donc lieu le 4 juin de la même année et fût la première d'un longue série. Devant ce succès FUNAKOSHI s'installa au japon où il enseignat dans une annexe à  une pension où il était concierge.

 

Son public ciblé était les universitaires où les notables afin de faciliter la reconnaissance de son art.

 

 Il faudra cependant attendre des années et la reconnaissance du karaté comme art martial par les instances japonaises pour qu'un lieu soit exclusivement dédié à son enseignement.

Un entrainement du début du 20ème siècle au chateau de SHURI ,                                                                                                                            

OKINAWA

FUNAKOSHI poursuivit le mouvement de réforme pédagogique entamé au début du siècle par ITOSU.

 

Mais le nom main de chine gênait l'officialisation  du KARATE comme arts martial japonais.

 

L' ensemble  des techniques de "karaté" était désigné sous le nom d'OKINAWA TE, le poing d'OKINAWA, ou  TOU DI /TO DE, main de chine jusqu'au premier tiers du 20ème siècle

 

Le premier des caractères originaux pouvait se prononcer KARA ou TOU/TO faisait référence à la dynastie TANG chinoise et a été repris pour représenter la Chine. Le second caractère, se prononçait TE ou DI  ou DE et signifiait "main".

 

Cette première transcription de "main de chine" en "main vide" est à mettre au crédit de HANASHIRO CHOMO, élève de MATSUMARA SOKON, dans une publication de 1905, qui contrairement à l'époque , formalisait des notions sur le combat alors que l'enseignement était centré sur lez Katas.

 

Il faudra attendre 1933 pour que le terme KARA TE prenne officiellement  le sens de "main vide", afin de se dégager des origines chinoises, a un moment ou le japon envisageait d'envahir la chine par la Manchourie. Cette validation fût celle du DAI NIPPON BUTOKUKAI, qui fût le conservatoire des arts martiaux traditionnels japonais.

 

Le premier DOJO de karaté au japon fût donc inauguré en 1936 et fut celui du SHOTOKAN,maison de shoto, shoto étant le pseudonyme de FUNAKOSHI en tant qu'écrivain.

 

Par la    suite un schisme eut lieu vers la fin des années 40 entre des élèves de funakoshi concernant les valeurs et les technique issues de son enseignement.

 

 L'un des groupes était composé des anciens ayant suivi l'enseignement du fils funakoshi qui fondèrent le shotokai ( l'école, le style de shoto), l'autre allait devenir le noyau dur de la Japan Karaté Association qui allait oeuvrer pour diffuser le karaté dans le monde. ces divergences seront latentes jusqu'au décés de GKSHIN FUNAKOCHI en 1957.

 

La reconnaissance  du karaté  a donc fait suite au déplacement de fondateurs des styles actuels du karaté : GISHIN FUNAKOCHI pour le SHOTOKAN, mais aussi  MIYAGI CHOJUN pour le GOJU RYU, MABUNI KENWA pour le SHITO RYU. Les fondateurs du WADO RYU , tous deux d'origine japonaise et experts en ju jutsu adoptèrent la même démarche.

 

OKINAWA ne reconnut la terminologie de "main vide" qu' en 1936

Des " techniques de la Main de chine" à "la voie  de la main vide"

Cette notion de vide a été aussi utilisé pour faire rentrer le KARATE dans les Budo , c'est dire le lier à l'idéologie l'éthique du samouraï influencé par le bouddisme où se rencontre cette notion de vide:

 

"De plus, le but des étudiants en karate n'est pas seulement de parfaire leur art mais aussi de purifier leur cœur et leur esprit e tout désir terrestre et de toute vanité. La lecture des écritures bouddhistes nous conduit à des idées aussi fondamentales que Shiki soku ze kû, les choses c'est le vide, et Kû soku ze shiki, le vide c'est les choses"

 

Ces deux formules présentent deux conceptions : l'une que les choses existent par elle même, l'autres qu'elles existent par leur dépendance à leur environnement.

 

On le retrouve dans un combat: qu'est ce qui définit l'existence 'une technique de karaté: sa simple exécution par le pratiquant, ou son utilisation en combat et donc sa dépendance vis à vis du déroulement de celui ci ?

 

Ces nouveaux idéogrammes témoignèrent donc que l'art populaire okinawaien avait dépassé les aspects de confrontation physique dans le combat et devenait un art martial à égalité avec les autres.

 

L'approche du  karaté qui a été  ainsi structurée au  début du 20ème siècle par GISHIN FUNAKOSHI est inscrite dans la recherche du maintien du caractère éducatif du BUDO:

 

« L'esprit de la pratique du karaté et les éléments constitutifs de l'entraînement  sont applicables à chacun et à tous les aspects de la vie quotidienne. »

 

FUNAKOSHI a proposé le Karaté DO en y incluant les valeurs qu'ont lui avait transmises, par son éducation de samouraï.

.

"Autrefois en effet, l’éducation martiale (Bu-iku) du jeune guerrier japonais était orientée vers l’acquisition d’un comportement conforme au cadre d’une société féodale vivant une époque troublée. Or, avec l’apparition à la fin du XIXè siècle d’un état moderne (avec, notamment, une armée équipée à l’occidentale) et d’une société qui se voulait plus égalitaire, le Japon pouvait certes se passer de l’ancienne technique guerrière mais toujours pas des valeurs humaines qui en avaient fait la force.

 

C’est qu’il avait à nouveau besoin de supports éducatifs à destination d’une nouvelle jeunesse, ferment d’une nouvelle société libérée des nécessités dues aux guerres civiles incessantes mais désormais confrontée aux réalités du monde. L’ancienne gestuelle martiale pouvait encore jouer ce rôle, même détachée d’un contexte dépassé… L’idée fut notamment chère aux pionniers que furent au début du XXème siècle Kano Jigoro (Judo), Itosu Ankoh, Funakoshi Gichin, Mabuni Kenwa, Miyagi Chojun" 

 

Ce changement de nom est accompagné d'un changement de pratique.

 

 Précédemment  le Karatéka s'entrainait à donner des coups d'un maximum de puissance, contre des supports cibles inanimés ou à vide. Le karaté do valorise le travail à deux afin de développer la notion de distance et de rythme dans un combat.

 

Pour préserver les participants de blessure grave, on transpose alors au karaté l'idée du coup décisif unique du kendo, comme un héritage de l’école de kendo à la quelle appartenait MATSUMARA SOKON.  On greffera aussi la notion du contrôle en arrêtant cette frappe , symboliquement ( potentiellement?) létale, à une faible distance du partenaire.

Ikken - hissatsu 

"Tuer d¹un seul coup" : principe (Kaisetsu) essentiel dans les arts martiaux traditionnels japonais (Budo), notamment en Karate. Il s'agit d'être capable, par la perfection technique et la mobilisation de toute son énergie, de porter en un seul mouvement utilisant une "arme naturelle" du corps (main, pied, genou, coude, ...) un coup dont l'impact sur l'adversaire est définitif, c'est à dire létal (Todome-waza ).

 

Un tel résultat doit être à la fois assuré et décidé par celui qui se voit dans l'obligation de porter ce coup, pour être certain de stopper l'agression et sauver ainsi sa vie. Il ne doit pas y avoir de place pour le hasard et l'approximatif. Etre en mesure de le faire ne veut cependant pas dire qu'il faille aller systématiquement jusqu'à le faire : intervient ici la faculté d'appréciation de la réalité d'un danger et la capacité de doser la réponse à y apporter.

 

 C'est tout le sens éducatif des arts du Budo classique dans lesquels on ne frappe que s'il n'est plus possible de faire autrement, mais alors avec une vigueur telle que la mise hors de combat de l'adversaire, sinon sa mort, est assurée.

 

Un tel entraînement au Dojo est, bien entendu, indissociable de l'apprentissage du contrôle : chaque technique frappée, avec force et précision, avec l'esprit de Ikken-hissatsu, doit impérativement être stoppée net à quelques centimètres de la cible visée (Sun-dome).

 

 C'est tout ce qui fait la différence entre une pratique au sens martial, dans laquelle la notion de vie et de mort est toujours présente, et une pratique à caractère sportif où il s'agit de marquer des points même au prix de contacts suffisamment violents pour blesser mais qui, en combat réel, pour la vie, ne pourraient pas assurer la victoire définitive. Il en résulte une attitude (Shisei) et un comportement qui diffèrent pour l'une et l'autre.

Sun - dome 

Contrôle d'un coup, vigoureusement stoppé, avec sensation de Kime, à faible distance (Sun = courte distance. Dome, de Tomeru = stopper) du point d'impact visé. Contrairement au Karaté sportif, où les coups sont plus ou moins retenus en fonction des règles posées ou du port ou non de protections, le Karaté traditionnel (Koshiki-Karate) impose Sun-dome dans le cadre du Dojo pour éviter tout accident grave.

 

(extraits de "Dictionnaire des Arts Martiaux" de R. Habersetzer, Editions Amphora,

 

Il s'agissait là  aussi de parvenir à créer entre les partenaires une confiance réciproque pour permettre un engagement mutuel dans cette confrontation/ rencontre, afin de favoriser une maturation psychologique de chacun.

 

Cette orientation découle des évolutions dans la conception du combat au cours de l'histoire japonaise ayant conduit à l'émergence de la notion de DO, voie.

Des KOHAN GEIKO au combat sportif 

 

Des les années 30 et jusqu'à ce que des règle de compétition furent établies en 1957, des confrontations étaient organisées entre les clubs universitaires de karate. Ces confrontations étaient appelées KOHAN GEIKO.

 

Si à l'origine il s'agissait d'un combat formel, (une attaque, une riposte et ensuite les rôles étaient inversés) cela dériva rapidement sur une forme de combat libre. Chaque club réunissait 5/6 participants et des juges était sensés s'interposer si cela dégénérait. mais en l'espace de trente secondes, les choses étaient réglées, avec des nez cassés des oreilles arrachées.

 

On est là bien loin du contrôle SUN DOME et du « sabre de vie », pourtant cette pratique perdura sous les auspices de la JKA.

 

Dans les années 50, les entraînements que subissaient les occidentaux venant s'entrainer à la source étaient tout aussi éloignés de ces notions: 

 

« S'il est une chose qu'il fallait oublier en avant s'entraîner au japon, c'était cette notion de contrôle absolu »

 

 

L'évolution vers le KARATE sportif date du début des années 50.  En 1952, le SHOTOKAI, organisa des démonstrations de combat arbitré où porter les coups était interdit. LA JKA leur emboita le pas en 1954.

 

A cette période de la défaite militaire du Japon lors de la seconde guerre mondial, la pratique traditionnelle était décalée et le modèle occidental de compétition fut une stratégie de survie et de développement du KARATE.

 

NAKAYAMA qui fut un fer de lance de ce développement en notait les dérives, comme le jour où il rabroua vertement un pratiquant de haut niveau qui ne s'entraînait uniquement dans une optique sportive, en négligeant ses techniques de base, où il avait bien des défauts.

 

Cependant il en reconnaissait la nécessité aussi bien pour le développement du KARATE que pour la progression des pratiquants:

 

« Bien que techniquement nous puissions progresser sans adversaire, cela n'est plus vrai si nous désirons nous préparer physiquement et mentalement au combat réel. pour être plus précis, il nous faut apprendre à maîtriser notre anxiété d'une part, et la distance en combat d'autre part. Seule la pratqiue contre adversaire nous donne des chances de nous surpasser. 

 

Là réside le dilemme, le combat est dangereux mais il est pourtant nécessaire. c'est exclusivement grâce à lui que nous pouvons entretenir les talents essentiels acquis à l'entraînement »

 

Cette position de NAKAYAMA semble s'inscrire pleinement dans le BU IKU, l'éducation par le combat en repositionnant le combat de karaté entre autre comme un outil , un moment, de gestion de nos tensions. On retrouve là aussi un fondement du DO dans BUDO.

 

Cette ambivalence quant à la pratique du combat se retrouve au début de la structuration de l'enseignement du karaté au 20ème siècle.

 

Dés les années 20, FUNAKOSHI, s'inspira des exercices de combat des BUDO reconnus ( kendo, judo) pour modifier son enseignement du KARATE alors axé sur les katas. Cependant il ne valida pas pour autant l'évolution de ces exercices vers une  confrontation avec protections ( plastron, casque, gants) dénommé BOGU KUMITE.